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Compostelle, chemin de Pâques

Mon chemin vers Compostelle a été un peu comme une marche vers Pâques. Un passage des ténèbres à la Lumière. Rencontre d'un Dieu vivant au cœur du monde.

Partir, c’est tout quitter sans abandonner, tout pèlerinage implique une expérience de rupture. C’est un peu mourir à son confort.

Partir, c’est aussi se laisser emporter (dans emporter on entend " porte "), donc, on peut dire que partir, c’est en quelque sorte, franchir une porte. C’est un passage d'un lieu à un autre. On ne prend pas la route de Saint-Jacques-de-Compostelle comme celle des vacances à la Costa Brava.

Pour moi, le pèlerinage vers Saint-Jacques n’est pas un hasard, il s’inscrit dans la continuité de ma vie. À certains moments, il m’a fallu choisir, soit continuer mon vécu ou m’orienter vers une nouvelle vie. C’est justement cette recherche qui donne un sens à ma vie. Il faut faire grandir des choses au fond de soi en communion avec le monde qui nous entoure. Comme les pèlerins, mon chemin de vie n’est pas défini à l’avance.

Je le crée. J’avance avec lui. Nous avançons lui et moi. Nous sommes un corps inséparable. En plus, ce qui est extraordinaire c’est que je ne suis pas le seul à avancer, je suis entouré d’autres personnes.

Sur le chemin vers Compostelle c’est exactement la même chose. Le pèlerin avance avec d’autres gens complètement différents tant sur le plan de la nationalité que sur le plan du vécu. Mais quelle richesse dans la complémentarité des différences. Le pèlerin se construit, en lui, un espace neutre pour recevoir, accueillir et se laisser ensemencer par l’autre. De cet ensemencement naissent forcément des germes spirituels. Même si on marche seul, on fait quand même des rencontres ne fût-ce que le soir à l’étape ou même dans les épiceries. Il y a aussi les gestes et les regards échangés. Je pourrais en dire beaucoup sur la profondeur des regards qui valent souvent bien plus que de longues palabres. Le chemin donne une liberté d’expression. Le corps s’exprime en silence et dans le silence.

La marche contribue à créer l'atmosphère intérieure propice à dénouer, dévoiler, décanter. Au bout d'un certain temps d'efforts, et de beaucoup d'acceptation.

Tous, sur le chemin, nous cherchons l’Essentiel. La route n'est qu'un support. Libre à nous de nous laisser faire.

Les gens ne croient plus de la même façon parce qu’ils ne croient plus dans les cadres imposés, les moules des appareils religieux. Ils cherchent d’autres chemins. Ils ont des intuitions qui leur prescrivent une manière de croire. Il ne faut donc pas jeter la pierre à ceux qui prélèvent dans d’autres religions des choses qui leur permettent de vivre. Moi-même, je n’ai plus envie d’être le maillon d’une chaîne qui reproduit de génération en génération la figure traditionnelle du chrétien pratiquant. Je suis un passeur qui se laisse emporter sur le chemin de la vie.

En ce temps de Carême, Dieu marche à notre rencontre. A nous aussi de faire route vers lui. Pour moi, le matin de Pâques c'est le temps de la Rencontre, quand Dieu sort de lui-même pour devenir nous-même.

                                            Y.T., Dinant (Belgique) - Catholique

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